jeudi 27 mai 2010

Ouest- France: Roumanie : leurs parents travaillent à l'Ouest

Attirés par de meilleurs salaires, deux millions de Roumains travaillent à l'étranger. Ils laissent souvent leurs enfants derrière eux, livrés à eux-mêmes.

Une heure de l'après-midi, l'école vient de se terminer. Dans la cuisine, sur fond de dessins animés, Codrut se prépare à manger pendant que sa soeur jumelle, Silica Florentina, ne quitte pas des yeux les aventures de ses trois super héroïnes préférées. Scène de retour d'école a priori banale.

Sauf que ces jumeaux de 6 ans ne vivent pas avec leurs parents, mais entourés de six éducatrices et de six autres enfants, dans une maison gérée par les services de protection de l'enfance de Giurgiu (sud du pays). « Je suis ici depuis l'âge de 2 ans, raconte Silica, brunette aux airs de garçon manqué, mes parents sont partis travailler en Espagne et ce sont les dames qui s'occupent de moi. »

350 000 enfants concernés

Quelque 350 000 enfants roumains sont séparés d'un ou même, pour 126 000 d'entre eux, de leurs deux parents, partis travailler à l'étranger (1). Ce phénomène, baptisé « singur acasa » (seul à la maison), est devenu un vrai problème de société qui touche les villes, mais surtout les campagnes, où des villages entiers sont parfois vidés de leurs habitants âgés de 20 à 45 ans. Or, ces enfants livrés à eux-mêmes ou confiés à leur grand-mère, un membre de la famille ou des voisins, souffrent profondément de l'absence de leurs parents et de la destruction de la cellule familiale.

Violeta, 16 ans, lycéenne à Bucarest, a vu sa mère partir travailler en Italie, il y a deux ans. « C'est dur de vivre sans elle au quotidien, témoigne la jolie blonde. En plus, cela m'oblige à m'occuper de mon petit frère et de la maison. » Son père, Vasile, explique : « Ce n'est pas évident pour elle. Elle doit m'aider, elle souffre de ne pas voir sa mère tous les jours, mais seulement deux fois par an. Le reste du temps, c'est le téléphone. Mais ma femme, Maria, gagne 1 200 € par mois en Italie, soit cinq fois ce qu'elle toucherait ici. C'est pour leur avenir qu'on fait ce sacrifice. »

Suicide d'un petit garçon

Aussi bonnes que soient les intentions de ces parents, les conséquences sont lourdes, voire désastreuses, pour les enfants. En 2006, le petit Razvan, 10 ans, s'était suicidé car il ne supportait plus d'être loin de sa mère. L'histoire avait choqué toute la Roumanie et révélé l'ampleur du problème. Depuis, d'autres cas similaires ont fait les gros titres. Sans prendre des proportions toujours aussi dramatiques, « les répercussions sur les enfants sont réelles : absentéisme scolaire, indiscipline, relations conflictuelles avec l'entourage et les amis, agressivité, tristesse, voire délinquance et dépression... », affirme Felicia Ceobanu, responsable du service de protection de l'enfance du département de Giurgiu. « L'ordinateur ou le scooter acheté au retour ne va rien y changer. »

Devant l'ampleur du phénomène, qui concerne près de 10 % des mineurs roumains, les autorités et les associations commencent à se mobiliser pour sensibiliser les parents aux risques liés au départ - un site Internet a vu le jour, par exemple - et pour améliorer la prise en charge et le soutien psycho- logique de cette génération d'enfants « singur acasa ».

(1) Estimation de la fondation Soros.

Marion GUYONVARCH, 20/06/2008

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